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Publié : 4 juillet

Shoah et Philosophie

La Shoah, c’est-à-dire le génocide nazi des juifs d’Europe, intéresse l’enseignement de la philosophie d’abord par son lien avec celui de l’histoire. L’enseignement de la philosophie ne peut donc que profiter des progrès de la recherche historique à ce propos et des débats en cours qui l’accompagnent. L’étude et l’enseignement concernant la destruction des juifs d’Europe portent en outre sur le cœur de la mission du professeur de philosophie puisque les notions de « morale » et de « politique » constituent deux axes majeurs des programmes et que ce génocide, certainement une des formes les plus radicales du mal que l’homme peut faire à l’homme, représente une destruction complète de ses idéaux, est un complet renversement de ses idéaux les plus classiques et, en réalité, son anéantissement pur et simple.

Or une thèse pour le moins paradoxale et pourtant très présente dans la réflexion contemporaine consiste à inscrire les Lumières, l’État de droit, voire la raison elle-même parmi les causes profondes de la destructivité nazie. A cela, il suffirait sans doute de répondre, comme Christian Godin, que « voir en Auschwitz le triomphe de la raison sous prétexte que les baraquements de détenus étaient géométriquement alignés, et que les techniciens avaient résolu les problèmes d’intendance posés par l’organisation de l’assassinat de masse, c’est avoir une piètre opinion de la raison : à ce compte n’importe quel maniaque devrait être compté comme un grand talent mathématique ».

Cette thèse mérite cependant d’autant plus examen qu’elle permet de revenir sur un lieu commun et de réfléchir au moyen d’aborder l’étude philosophique de la Shoah avec nos élèves. Il importe notamment d’étudier la montée en puissance du paradigme racial et de la vision du monde qui lui correspond du XIXe au XXe siècle. La journée donc sera consacrée, le matin, à l’actualisation des connaissances historiques des professeurs sur la mise en œuvre de la « solution finale » et à l’analyse de la notion de génocide introduite au procès de Nuremberg par le juriste polonais Raphaël Lemkin. L’après-midi sera plus particulièrement consacrée au moment constitué par le procès d’Eichmann, à sa situation historique, à sa portée et à sa réception à partir des analyses d’Hannah Arendt et tout particulièrement de son concept de la « banalité du mal » rapportée à l’« absence de pensée » supposée d’Eichmann.

Le 26 mars 2019 a eu lieu à Mont-Saint-Aignan, lors d’une journée de formation à destination des professeurs de l’académie de philosophie et d’histoire et de géographie, organisée en coopération avec le Mémorial de la Shoah et l’ERIAC de Rouen, les questions suivantes y ont été abordées :

- La « Solution finale de la question juive » par Alban PERRIN, formateur au Mémorial de la Shoah et chargé de cours à Sciences Po Bordeaux.
- Les notions de génocide et de crime contre l’humanité par Édith BOTTINEAU-FUCHS, professeur émérite de philosophie.
- Le procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem par Annette WIEVIORKA, directrice émérite de recherche au CNRS.
- Eichmann à Jérusalem ou la controverse infinie : la réception de l’idée de « banalité du mal » par Michelle-Irène BRUDNY, professeur émérite à l’Université de Rouen Normandie.
- La formation d’une pensée génocidaire : critique de « l’absence de pensée » d’Eichmann selon Arendt par Emmanuel FAYE, professeur à l’Université de Rouen Normandie

Mme Bottineau-Fuchs a bien voulu nous confier le texte de son intervention. Nous l’en remercions chaleureusement.

F. Lelièvre IA-IPR de Philosophie.