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Publié : 21 janvier 2018

Corriger une copie de philosophie sans écrire ?

La correction des copies de philosophie s’avère souvent, malgré sa nécessité, fastidieuse. Nombre d’enseignants de philosophie insiste en outre assez régulièrement sur la très relative efficacité des annotations et des commentaires rédigés sur la copie rendue. Que les élèves les lisent, c’est une chose, mais leur permettent-elles véritablement de saisir la nature des erreurs soulignées, et surtout la manière de les corriger ?

Nous avons tous ce soucis, face à une copie, de rédiger le plus synthétiquement et le plus efficacement possible un propos clair et complet des difficultés perçues dans le travail de l’élève. La nature même de cet "exercice" cependant s’avère complexe voire fastidieuse : comment exprimer en quelques phrases écrites en marge, qu’une sous-partie n’est pas bien construite et d’expliquer en détails ce qui ne convient pas, et comment précisément ce qu’il aurait fallu faire ? Comment reprendre une théorie ou un concept mal étayé, montrer la manière dont il aurait du être compris et exploité en seulement quelques mots ? Comment enfin, faire en tête de copie, une synthèse d’une copie de huit ou neuf pages, qui en elle-même demanderait de longues explications précises, multiples et détaillées ?
On se résout parfois alors à écrire en marge : "mal dit", "soit", "précisez votre propos", "explicitez bien l’usage que vous faîtes de l’auteur", ou encore un "revoyez la méthode de l’introduction", "attention à ne pas vous contredire d’une partie à l’autre", en espérant trouver le temps de discuter avec l’élève, de vive voix, afin d’expliciter notre correction.

S’il est évident que chacun s’efforce d’être efficace, tant dans les explications et leurs réceptions que dans le temps consacré à chaque copie, nous constatons régulièrement semble t-il des difficultés chez des élèves à saisir la nature de leurs erreurs et surtout les moyens de les résoudre.

Nous avons ainsi essayé une méthode de correction qui, si elle ne résout pas toute la difficulté, semble pouvoir fournir de nouvelles pistes de réflexion sur la manière dont le numérique pourrait fournir quelques solutions quant à la correction des copies : la correction au dictaphone.

L’idée était ici d’écrire beaucoup moins sur la copie, et simplement de souligner les passages erronés ou insatisfaisants, mais aussi ceux qui sont excellents ou ingénieux. Chaque fois qu’un passage exigeait un commentaire, on marquait un chiffre en marge, juste à côté. A la fin de la lecture, une copie plutôt faible peut avoir entre 8 et 9 paragraphes chiffrés, là où une copie excellente en aura 3 ou 4.

Comment procéder ensuite ? Il suffit de se munir d’un enregistreur vocal type dictaphone : on en trouve maintenant, de manière quasi générale, sur les ordinateurs, tablettes ou smartphones. Puis d’enregistrer ensuite une correction orale, en faisant comme si l’élève était face à nous. Il y a bien entendu de nombreuses manières de procéder, et l’on exposera donc ici une manière-type de corriger :

  • on fait d’abord une appréciation d’ensemble qui équivaut à celle que l’on fait à l’écrit en haut de la copie ; mais à l’orale, celle-ci sera plus détaillée et souvent plus explicite.
  • On peut ensuite reprendre, point par point, les différents passages numérotés et en faire une correction détaillée.

On se retrouve alors avec des capsules audio individuelles (une par élève) qui durent en moyenne entre 2 et 3 minutes, en fonction du nombre de commentaires à faire.

Concernant le retour des copies : il suffit alors de copier les fichiers audio et de les {}uploader {} sur une plate-forme numérique où l’élève pourra aller chercher le sien : un cloud (dropbox, google drive), ou bien les envoyer par mails (ce qui peut être un peu long cependant), ou bien encore les déposer sur les espaces personnels des élèves sur l’intranet du lycée, là où ils pourront ensuite aller les écouter et les télécharger.

Quels sont les bénéfices sur la correction ? Cette méthode permet d’abord de gagner du temps sur les corrections ; celui-ci n’est pas nécessairement beaucoup plus court mais il change le rapport que l’on a avec la copie : la correction devient plus vivante, et l’on a au-moins la satisfaction d’avoir pu exprimer en détails tout ce que l’on estimait nécessaire à la bonne compréhension par l’élève de ses erreurs.

Enfin, en demandant aux élèves ce qu’ils en pensaient, ils ont tous préféré ce type de correction et insistaient pour la plupart sur le fait qu’ils comprenaient mieux la nature de leurs erreurs. Ce qui en outre, s’est, en règle générale, vérifié sur les travaux postérieurs.

Cette méthode est bien entendu perfectible, mais elle a ce mérite de permettre une plus grande efficacité, tant pratique que pédagogique, et permet, à l’aide d’outils numériques simples de donner une autre teinte au temps que l’on passe à corriger des copies de philosophie.