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Publié : 30 octobre 2016

Amo. Le philosophe africain des Lumières

Connaissez-vous Anton Wilhelm Amo ? Ce nom ne vous évoque peut-être rien, mais son destin est extraordinaire. Arraché au XVIIIe  siècle à sa terre natale, au bord du golfe de Guinée, et “offert” à un prince allemand, il deviendra le premier Noir docteur en philosophie d’une université européenne. Un parcours hors norme propice à bien des récupérations, mais aussi une pensée à découvrir.

Publié dans le n°102 de Philosophie Magazine - Septembre 2016.

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Amo

Ce fut par le plus grand des hasards. Une professeure de philosophie proche du journal s’apprêtait à intégrer un programme d’aide à des élèves en situation de décrochage scolaire, à Sarcelles. Avant d’animer son premier atelier, elle fut briefée par une collègue : les adolescents posent souvent des questions qui défient le politiquement correct. Parmi elles, l’une revient avec insistance : «  La philosophie n’est-elle pas une invention et un discours de Blancs ? Y a-t-il eu dans l’histoire des philosophes noirs, africains ?  » Selon cette collègue, un nom pouvait être avancé : celui d’Anton Wilhelm Amo, penseur des Lumières. Réaction de la professeure ? La même que la nôtre : Amo ? Jamais entendu parler. Interloqué, on ouvre l’épais Dictionnaire des philosophes paru aux Presses universitaires de France. Rien. Persévérant, on consulte un dictionnaire des noms propres. Rebelote, nada. On googlise alors le nom. Et là, on découvre que la page qui lui est consacrée sur Wikipédia est assez fournie. Qu’il existe des ouvrages et des articles entiers, des blogs de spécialistes sur lui. Bref, cet Amo a tout de l’inconnu célèbre. Avec cette particularité : «  Il est sans doute, dixit Wikipédia, la première personne originaire d’Afrique subsaharienne à avoir étudié dans une université européenne, et le premier Africain à avoir obtenu un doctorat dans une université européenne.  »

Le philosophe africain des Lumières. Le scénario est presque trop «  énorme  »… On hésite – depuis quand la couleur de la peau aurait-elle une importance lorsqu’il s’agit de philosopher ? N’est-il pas suspect, pour ne pas dire plus, de s’intéresser à un penseur seulement parce qu’il est Noir ? Puis on commence à lire, à approfondir son histoire. Et on est pris. Et on se lance.

Au commencement, le déracinement. C’est un enfant âgé d’à peine 4 ans que l’on emmène vers l’Europe. Le flou entoure sa naissance : il est possible qu’il ait vu le jour en 1703, à Axim ou dans une localité proche de cette ville côtière, située au sud-ouest de l’actuel Ghana. À l’époque, toute la zone du golfe de Guinée est l’objet des convoitises des puissances européennes. Elles y installent des forts à vocation militaire et commerciale, se répartissent ou conquièrent de nouveaux territoires au gré d’intenses rivalités. D’abord aux mains des Portugais, Axim passe sous tutelle hollandaise en 1642. Lorsque l’enfant naît, c’est un important port et centre de production. De l’or y est acheminé des terres ; on y vend aussi du sel, du riz, des produits agricoles et artisanaux. Mais une autre marchandise transite par les forts des Européens : des hommes. Ils sont enchaînés, destinés à être convoyés vers le Nouveau Monde. La traite des esclaves a commencé dès l’installation des Portugais, elle s’est accélérée dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Côté hollandais, c’est la toute-puissante Compagnie des Indes occidentales qui chaperonne les basses œuvres du commerce triangulaire.

L’enfant, donc, est embarqué sur un navire. Comment s’est-il retrouvé là ? Premier scénario, le plus rocambolesque, le moins crédible aussi : il aurait été kidnappé par des pirates, tandis qu’il s’amusait sur une plage avec ses camarades. Deuxième scénario, le plus édifiant, mais qui reste improbable : à l’instar de tant d’autres, il aurait été vendu comme esclave. Troisième scénario, le plus plausible : il aurait été repéré à Axim par un pasteur hollandais qui l’aurait envoyé en Europe afin qu’il suive une éducation religieuse. Toujours est-il qu’en 1707, un bateau de la Compagnie des Indes occidentales le dépose à Amsterdam. Mais au lieu d’être placé dans un pensionnat, il est «  offert  » à un aristocrate ayant de bonnes relations avec la Compagnie. Le voici confié au duc Anton Ulrich (1633-1714), qui règne sur la principauté de Brunswick-Wolfenbüttel. C’est un promoteur des arts et des sciences, possesseur d’une impressionnante bibliothèque et écrivain. On peut supposer que ce duc éclairé accueille l’enfant avec des sentiments philanthropiques. Toutefois, il convient d’indiquer que ce type de «  cadeau  » était monnaie courante en ce temps où les grands de ce monde se plaisaient à s’entourer de Noirs d’Afrique – signes ostentatoires de richesse et de progressisme, amenant un frisson d’exotisme à la cour ?

Une identité entre deux héritages

Juillet 1707 : les archives de la chapelle locale mentionnent qu’un «  petit Noir  » («  ein kleiner Mohr  » – « Mohr  » ayant aussi la signification péjorative de «  Nègre  ») a été baptisé. Il reçoit deux prénoms, celui du duc, Anton, et celui de l’un de ses fils, appelé à lui succéder, Wilhelm August. Son identité civile est fixée, au carrefour de deux héritages : il s’appellera Anton Wilhelm Amo (Amo étant apparemment son nom de naissance). De son enfance et de son adolescence, on ne sait rien d’assuré. Comment était-il regardé dans la haute société ? A-t-il servi comme page, comme l’ont affirmé certains biographes ? A-t-il rencontré Leibniz, qui fut bibliothécaire à Brunswick-Wolfenbüttel ? Une certitude : les Ulrich se posent comme ses protecteurs et ses mécènes. Entre 16 et 18 ans, Amo touche des sommes d’argent qui financent son éducation. Dans une académie locale puis une université voisine, il acquiert une formation classique. Ce n’est qu’un début. Il a déjà quitté la cour.

Une notation manuscrite sur un registre d’inscription de faculté. À côté de son nom, il a lui-même écrit Ab Aximo in Guinea Africana («  d’Axim en Guinée, Afrique  »). C’est avec le souci de marquer ses origines qu’Amo s’immatricule, le 9 juin 1727, à l’université de Halle, ville rattachée au royaume de Prusse. Créée en 1694, l’institution s’impose comme un bastion des Lumières naissantes dans le monde allemand. Entre ces murs, la raison entame son combat contre les forces de la tradition et du cléricalisme, avec des figures de proue comme le métaphysicien Christian Wolff (1679-1754), qui élabore un vaste système embrassant la totalité ou presque des disciplines. Cependant, la cause univoque de Dieu possède encore de puissants zélateurs à Halle. Le camp des théologiens conservateurs obtient ainsi, avec l’appui du roi de Prusse Frédéric-Guillaume Ier – souverain tenant l’intellectualité en aversion –, le renvoi de Wolff, forcé à l’exil sous peine de pendaison…

C’est dans cette arène qu’Amo débarque et plonge. Il y poursuit sa formation, notamment en philosophie, et se spécialise en droit. En 1729, il livre un premier travail universitaire en latin, qui lui vaut le grade de Magister Legens (l’équivalent de docteur en droit). Le sujet est explosif et le concerne au plus près : il s’agit d’une Dissertation sur les droits des Maures en Europe («  Maures  », maurorum en latin, étant synonyme ici de «  Noirs  »)… Las ! cette contribution a été perdue. Son contenu, néanmoins, est résumé dans une notice d’une revue locale. Dans un premier temps, Amo effectue un détour par l’Histoire et le droit : il montre que, dans l’Antiquité, les empereurs romains faisaient des «  rois  » des provinces d’Afrique leurs «  vassaux  », habilités à gouverner par un «  mandat  ». Traduisons : les chefs et les sujets africains de l’Empire possédaient un statut juridique et avaient à ce titre la garantie de droits imprescriptibles. Dans un second temps, revenant vers son époque, Amo se demande dans quelle mesure «  la liberté ou la servitude des Maures amenés en Europe par les chrétiens, est conforme aux lois communes  ». Impossible d’être formel, mais il est vraisemblable qu’Amo, de manière explicite ou oblique, ait dénoncé l’esclavage comme une pratique illégale… Un pionnier de l’abolitionnisme ? Deux points saillants : tout d’abord, il aborde la question non sur le plan des affects, mais sur le terrain dépassionné, rationnel, du droit ; ensuite, on devine une tonalité irrévérencieuse dans son propos. En son temps, l’Empire romain est un modèle mythifié ; en outre, Amo mentionne Justinien, empereur byzantin ardemment chrétien. Si une personnalité de cette stature a accordé l’autonomie aux Africains, les chrétiens du XVIIIe siècle qui se réclament de lui et de Rome tout en acceptant l’esclavage ne sont-ils pas pris en flagrant délit d’incohérence et même d’hérésie ? La traite n’est-elle pas un scandale au carré, double offense faite à la raison et à la religion ? Amo aurait par conséquent manié des références hautement stratégiques pour secouer ses contemporains, renverser contre eux leur propre héritage. Une manœuvre subtile, à l’ironie mordante : plutôt culotté en contexte.

Il n’est pas exclu que ce travail ait créé du remous. Et, à Halle, les coups de semonce des obscurantistes redoublent d’intensité… Peut-être à la recherche d’un asile plus accueillant pour les idées nouvelles, Amo s’inscrit en septembre 1730 à l’université rivale de Wittenberg, en Saxe. Transfert réussi : à peine un mois après son intégration, il reçoit cette fois le grade de Magister (docteur) en philosophie, alors qu’il n’a pas encore soutenu de thèse dans ce domaine. Le titre lui permet, parallèlement à ses études de médecine, de métaphysique ou de logique, de donner ses premiers cours. Période épanouissante pour Amo, qui trouve estime et reconnaissance : le recteur de Wittenberg lui rend un hommage public appuyé, saluant ses compétences et l’inscrivant dans la lignée des illustres auteurs de l’Antiquité nés en Afrique (du Nord) – Térence, Tertullien et saint Augustin en tête. Cette valorisation d’Amo se traduit dans les faits : lorsque le roi de Pologne et prince-électeur de Saxe Auguste III visite l’université, c’est lui qui est choisi pour diriger en tenue cérémonielle un cortège qui se présente au souverain. Comment ce dernier, plus versé dans la boisson que dans les lettres, a-t-il réagi en voyant le philosophe à la peau noire s’avancer vers lui ? L’a-t-il avisé avec perplexité, ignorance ou répulsion ? Le regard d’Amo s’est-il empli d’orgueil ou de défiance ? La scène embrase l’esprit romanesque… Mais il fut bel et bien élevé au rang symbolique d’étendard du savoir.

Réhabiliter le corps

Son couronnement académique ne tarde pas. En avril 1734, il soutient sa thèse de philosophie, une première en Europe pour un penseur né en Afrique. Le travail a pour titre raccourci De l’absence de sensation dans l’esprit humain (De humanae mentis apatheia). L’intitulé condense l’idée-force : Amo considère que l’esprit (con­fondu avec l’âme) n’a pas la faculté de sentir ou de percevoir ; il en va d’une clarification conceptuelle, d’une rectification de type métaphysique : «  L’homme sent les choses matérielles non pas par son âme, mais par son corps vivant et organique.  » Si la thèse peut paraître élémentaire aujourd’hui, à l’époque, elle sent le soufre. Amo ferraille ici avec Descartes. Il conteste un point précis de sa doctrine : l’idée selon laquelle l’âme peut «  agir et compatir avec [le corps]  », comme l’écrit Descartes lui-même dans une lettre citée par Amo. L’âme cartésienne est une chose qui pense, qui sent aussi ; elle est le siège d’une «  certaine faculté passive de sentir  » (Sixième Méditation métaphysique), ce qui fait qu’elle ressent de la douleur, par exemple, lorsque le corps est blessé. Voilà ce dont Amo ne veut pas entendre parler. Renouant avec la tactique impertinente employée dans sa Dissertation sur le droit des Maures en Europe, il retourne Descartes contre lui-même : si l’âme est vraiment une substance immatérielle, comme le père du cogito l’affirme, comment pourrait-elle sentir, être affectée par des choses matérielles, ce qu’il maintient aussi ? Il y a une contradiction quelque part…

Descartes n’est pas sa seule cible. Amo prend également position dans un débat qui fait rage là même où il travaille. Une dispute philosophico-scientifique oppose les partisans du mécanisme et les «  stahliens  », les disciples du chimiste Georg Ernst Stahl (1659-1734), professeur à Halle. La ligne de front ? Les mécanistes voient dans le corps une machine sophistiquée qui fonctionne de manière autonome. Les stahliens, eux, posent qu’il reste dans la dépendance de l’âme, cette énergie ou «  force active  » (Stahl) qui le meut. Dans la bataille, Amo se range du côté des mécanistes. Il nie que l’âme soit un principe de vie et de mouvement, et va même jusqu’à comparer l’esprit à une pierre, l’inertie basculant de camp… Démystification de l’âme, réhabilitation du corps, lequel, loin d’être un instrument ou un pantin, est le vecteur, la surface de contact avec le monde : dans sa thèse, Amo joue aussi le jeu de l’esprit scientifique – les théologiens ont une forte tendance à sanctifier l’esprit –, même s’il prétend que ses thèses sont étayées par certains passages des Écritures. La religion au soutien de la science et de la philosophie : prudence ou nouvelle provocation tacite ?

Dégagement, parenthèse : la pensée d’Amo est en prise directe avec les problématiques et les controverses de son temps. De ce point de vue, il ne délivre pas de philosophie «  noire  » ou «  africaine  » – sauf à dire, ce qui est contestable, qu’il suffit d’être né en Afrique pour faire de la philosophie africaine (lire l’encadré ci-contre)… Non, Amo est un métaphysicien allemand, animé par l’ambition universelle des Lumières. Le tableau, cela dit, est-il complet ? Souvenons-nous de sa dissertation en droit, du rappel de ses origines dans le registre de Halle. Et ajoutons qu’Amo paraphera très souvent ses documents et ses contributions en se présentant comme un Africain – il signe Amo Afer, Amo Guinea-Afer (afer, particule latine pour «  Africain  ») ou encore Amo Guinea-Africanus. Loin de forclore sa provenance, il l’affirme. Par intériorisation de sa différence, laquelle n’a certainement pas manqué de lui être renvoyée à la figure ? Autre piste interprétative : cette différence, il l’aurait revendiquée avec constance, courage, fierté. Amo ou l’ambivalence, celle d’un être double, hybride : penseur «  assimilé  » et homme conscient de sa spécificité. Même et autre. Dedans et dehors. Il ne pouvait pas ne pas penser comme les autres ; il ne pouvait pas ne pas se défaire, ou être défait de sa singularité. Amo, donc, ou la coappartenance, la coexistence parfois non pacifique – comme en témoigne sa charge présumée contre les chrétiens esclavagistes – de ses deux identités, européenne et africaine, pareillement, simultanément assumées. Peut-être fut-ce là le foyer d’un déchirement, d’âpres négociations intérieures. Peut-être cette condition, qui le plaçait sous le signe de l’entre, de l’écart, fut vécue par lui comme la possibilité d’un pari : être un passage, un pont entre deux mondes reliés alors par les rapports exclusifs de la domination.

Après sa soutenance de thèse, Amo reste encore deux ans à Wittenberg, avant de poursuivre ailleurs sa carrière universitaire : d’abord à Halle où il retourne et achève un Traité sur l’art de philosopher de manière simple et précise (1738) ; puis à l’université d’Iéna qu’il rejoint en 1739. Là, il enseigne la philosophie, la psychologie et la médecine, mais aussi l’astrologie, la cryptologie ou les techniques de divination tout en donnant une conférence sur la réfutation des superstitions populaires… Esprit manifestement encyclopédique, Amo multiplie les cours pour des raisons matérielles : n’ayant plus le soutien financier des Ulrich, il a le statut de Privatdozent, enseignant rémunéré par ses étudiants. Précarité de sa situation, combinée à un contexte où les résistances contre l’esprit des Lumières sont encore vives : la conjoncture semble nourrir chez Amo un certain fatalisme. Sur un album tenu par un ami, il consigne une formule : «  Quiconque a consenti, comme il faut, à la Nécessité / Est à nos yeux un sage et connaît les choses divines.  » La maxime est d’Épictète, une reprise tout sauf anodine : le philosophe antique fut un esclave affranchi. Amo s’est-il identifié à lui, esquissant un lointain cousinage ? Sa réappropriation du credo stoïcien de l’impassibilité et de la soumission au destin laisse en tout cas suggérer que le grinçant de son ironie s’est teinté d’un voile de mélancolie.

Retour à la terre natale

Alors que la suite de sa vie se perd une nouvelle fois dans les limbes – certaines sources rapportent qu’il fut nommé conseiller d’État à Berlin par Frédéric II, le nouveau «  despote éclairé  » de Prusse favorable aux philosophes –, Amo réapparaît avec un coup de théâtre. Vers 1747-48, il quitte l’Allemagne et l’Europe pour revenir en Afrique. Pourquoi cet exil paradoxal ? Une explica­tion avancée tient à une moquerie dont il est la victime. À Halle, un obscur plumitif du nom de Philippi rédige et diffuse un poème satirique où il met en scène Amo déclarant sa flamme à une étudiante, «  Mademoiselle Astrine  ». Et la jeune femme de l’éconduire, arguant qu’elle ne saurait «  tout de même pas aimer de Nègre  »… Il n’est pas impossible que l’histoire ait été inspirée de faits réels, amplifiés grossièrement. Ce serait sous le coup de cette déception sentimentale et de la honte qu’il aurait décidé de larguer les amarres. Nébuleux, l’épisode montre qu’il aura connu, hélas ! sans surprise, les morsures du racisme ordinaire, larvé ou déclaré.

À son retour, si l’on se fie au témoignage d’un chirurgien de navire hollandais, Amo s’installe à Axim où il vit tel un ermite, acquérant la réputation d’un sage, d’un devin. Il retrouve son père et sa sœur, et apprend qu’il a un frère, Atta, esclave au Surinam. Il aurait tenté de le faire revenir, en vain. Ses démarches ont-elles fait d’Amo un élément perturbateur de la traite «  officielle  » ? Toujours est-il qu’il part vivre dans une autre ville côtière, à Shama. Il réside dans un fort tenu par les Hollandais, où, selon toute vraisemblance, il est assigné à résidence… C’est là qu’il finit ses jours, à une date inconnue de la décennie 1750. Sur sa tombe édifiée bien plus tard, il sera inscrit «  1784  » – un sage octogénaire l’est d’autant plus.

Même nimbée d’incertitude, la mort d’Amo résonne comme une cruelle ironie de l’histoire. Elle laisse l’impression d’une destruction impitoyable de l’héritage d’une vie. Amo n’est certes pas un génie oublié, ni même un très grand philosophe, mais un penseur à l’œuvre et à la carrière respectables. Qu’il ait été représentatif des idéaux des Lumières, cela a déjà affleuré nettement. Soulignons-le encore. Dans son Traité sur l’art de philosopher de manière simple et précise, Amo développe des motifs typiques des premiers Aufklärer. C’est la définition classique de la philosophie comme ce qui doit conduire au «  perfectionnement moral  » et au bonheur. C’est aussi la fronde contre les préjugés, ces «  [énoncés faux et erronés] dont l’origine est liée à la négligence et à l’ignorance  », fondés qu’ils sont sur la «  tradition  » et «  l’autorité  ». C’est, enfin, l’appel à faire un usage public et réglé de la raison. Amo consacre toute une section à l’art de la critique et du débat oral ; dans la confrontation d’idées, les interlocuteurs doivent se prémunir contre les élans de la passion, argumenter encore et toujours («  rien ne doit être affirmé ou nié sans cause  »), et ce «  en vue de l’établissement d’une vérité encore plus solide  » et partagée.

Le côté obscur des Lumières

Égrainant ces lieux communs, mais forts, Amo aurait pu se donner comme maxime Sapere aude, «  Ose savoir  ». On sait que dans son Qu’est-ce que les Lumières ? (1784), Kant emploie la même formule latine. «  Sapere Aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières  » : pour l’auteur de la Critique de la raison pure, né vingt ans après Amo, en 1724, les Lumières correspondent à un mouvement d’émancipation. Elles désignent «  la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle  » intellectuelle, le passage de l’hétéronomie (la soumission mécanique et consentie à un maître) à l’autonomie comme «  résolution  » à penser par soi-même. Si l’on retient cette conception, force est de le constater : Amo cadre. Tout chez lui témoigne de ce processus d’affranchissement : sa pensée – « dans bon nombre d’esprits, l’autorité est synonyme de vérité, pas l’inverse  », note-t-il – comme sa vie, tellement en son temps la couleur de sa peau devait être spontanément associée à l’état subalterne… Devenu universitaire, il s’est érigé en héraut vivant des Lumières. Mais ici, les choses se compliquent : Kant aurait-il été d’accord avec cette intronisation ? Rien n’est moins sûr. Car le chantre du criticisme et du cosmopolitisme s’est également fendu de déclarations racistes atterrantes. Dans ses Observations sur le beau et le sublime, il s’exclame : «  si essentielle est la différence entre ces deux races !  », les Blancs d’Europe et «  les Nègres d’Afrique  », décrits comme stupides, superstitieux, «  vaniteux  » et «  si bavards qu’il faut les séparer et les disperser à coups de bâton  »… Que de telles assertions relèvent des pires clichés de l’époque est loin de tout excuser, sachant que Kant n’est pas un cas isolé. Il cite lui-même pour l’approuver le fer de lance des «  Lumières écossaises  », Hume, lequel, dans une note de son essai «  Les caractères nationaux  », estime que les «  nègres sont naturellement inférieurs  », ajoutant qu’«  il n’y a jamais eu de nation civilisée, ni même d’individu qui se soit distingué par ses actions ou par sa pensée, qui fussent d’une couleur autre que blanche  ». La tentation est grande de dézinguer ce suprématisme : alors on dira que la pensée de Hume est très proche sur un point de celle… d’Amo. Dans l’empirisme de l’Écossais, tout commence avec les sensations ou les perceptions immédiates, dont les idées dérivent ensuite, «  copies  » de moindre intensité ; si je forge la notion de chaleur, c’est d’abord parce que je me suis brûlé. Or chez Amo, l’idée est aussi secondaire ; cette opération de l’âme correspond à une «  sensation représentée  » ou «  répétée  » du corps. Je sens, puis je pense. L’un de ces «  Nègres  » aura anticipé les développements de Hume pour lequel «  il n’y a chez eux ni inventions ingénieuses, ni arts, ni sciences  » : à bon entendeur, (point de) salut.

Il y a un paradoxe Amo : d’un côté, il reflète et incarne l’esprit des Lumières ; de l’autre, sa trajectoire amène à en faire ressortir le côté obscur. Tout comme l’expansion économique de l’Europe aura eu l’esclavagisme massif comme condition de possibilité, les Lumières sont lestées d’une ombre, ineffaçable ; historiquement, elles sont concomitantes, et parfois complices, de l’essor du discours sur l’inégalité des races. Elles se réclament de l’universalisme, mais un universalisme bien relatif, restreint et sélectif. Elles ne s’autorisent que de la raison, mais, dans un retour du refoulé, les références discriminatoires à la «  nature  », aux «  espèces  » d’hommes, s’immiscent dans ce discours (on a cité Kant et Hume, mais on trouve aussi chez Voltaire le tolérant des affirmations à caractère raciste 1). Une machine d’exclusion, un dispositif de ségrégation : si l’on suit cette pente corrosive, tel est le négatif, y compris au sens photographique, des Lumières.

La construction d’un symbole

En ce sens, le cas d’Amo invite à en produire la contre-histoire. Et de fait, après sa mort, son nom sera notamment brandi contre les dévoiements du modèle européen dont il a été l’enfant à part. C’est le temps de sa captation mémorielle – naissance, construction d’un symbole.

Ce travail commence très tôt. Amo apparaît sous la plume d’un acteur emblématique de la Révolution française, l’abbé Grégoire (1750-1831). Rallié au tiers état, membre de la Constituante, il est aussi partisan de l’abolitionnisme. En 1808, il publie De la littérature des Nègres, où la traite est brocardée comme un «  crime  » contre l’humanité : «  Depuis trois siècles, l’Europe, qui se dit chrétienne et civilisée, torture, sans pitié, sans relâche, en Amérique et en Afrique, des peuples qu’elle appelle sauvages et barbares.  » Les vrais barbares, c’est nous… Pour pulvériser les stéréotypes et répliquer aux «  détracteurs des Nègres  », l’abbé liste et présente des personnalités noires qui «  se sont [distinguées] par leurs talents et leurs ouvrages  » au cours de l’Histoire. Amo en est. Grégoire propose une biographie courte mais élogieuse. Il apprend que le philosophe était polyglotte, maîtrisant six langues (latin, grec, hébreu, néerlandais, allemand et français), et, rappelant l’estime dont il a été l’objet, note que «  l’université de Wittenberg n’avait pas, sur la différence de couleur, les préjugés absurdes de tant d’hommes qui se disent éclairés  ». La pique n’aurait pas déplu à Amo, preuve éclatante de l’inanité des considérations de race, antidote au poison de la catégorie de «  Nègre  ».

Dans la suite du XIXe siècle et la première moitié du XXe, quelques travaux, assez rares, reviennent sur son parcours, toujours pour souligner l’aspect extraordinaire de sa vie, au détriment de son œuvre. Mais dans le contexte de la guerre froide et des décolonisations, des renvois plus insistants et consistants vont se faire jour. Amo est alors enrôlé dans le combat pour l’émancipation sous toutes ses formes. Un homme politique africain, également philosophe, se réfère à lui : Kwame Nkrumah (1909-1972), artisan de l’indépendance du Ghana, en 1957. Ayant étudié à l’étranger, Nkrumah se fait con­naître comme l’un des chantres du panafricanisme, soit l’ambition d’unifier sous la bannière d’une histoire et d’une spiritualité communes les pays africains spoliés par le colonialisme. Il pourfend également le capitalisme et souhaite engager son pays dans la voie contraire du socialisme. Ce qu’il fera après l’indépendance, une fois élu président… Africain et socialiste, Nkrumah se réapproprie Amo sur ces deux versants qu’il solidarise. Dans une lettre, il salue Amo comme «  un patriote africain, qui défendait avec énergie son individualité, sa personnalité africaine et son droit indiscutable à l’égalité et la liberté  ». Et dans son principal ouvrage philosophique, Le Consciencisme, il renvoie à la thèse de 1734, en l’actualisant selon un prisme de lecture pour le moins biaisé. C’est un billard à trois bandes : pour Nkrumah, Amo critique Descartes, ce qui en fait un adversaire de l’idéalisme, cette doctrine qui méprise le corps, les réalités effectives, tout en aspirant à les soumettre par l’esprit omnipotent. Anti-idéaliste, Amo est en ce sens un penseur matérialiste ; refusant la tyrannie de l’âme, la tyrannie tout court, il est humaniste et communiste, personnifie la conscience africaine tournée vers l’égalité (si l’on suit le raisonnement de Nkrumah). Amo devient un esprit tutélaire de l’anticolonialisme et de la négritude – pour reprendre la notion popularisée au même moment par Senghor –, soluble dans le marxisme-léninisme.

Un axe ou une internationale se crée autour de cette récupération. Dans une conjoncture où les pays du bloc de l’Est nourrissent des échanges avec les nations africaines, la RDA met également Amo en avant, instrumentalisant sa mémoire – elle a accueilli et formé un intellectuel noir : manifeste du communisme comme progressisme, havre de l’humanité générique. L’université de Halle-Wittenberg – les deux institutions se sont réunifiées en 1817 – est la locomotive de cette valorisation parallèle d’Amo et de la RDA : au mitan des années 1960, une équipe de chercheurs pilote la traduction de ses œuvres en allemand, en anglais et en français. Un professeur d’archéologie, Burchard Brentjes (1929-2012), publie ensuite une monographie incontournable, Anton Wilhelm Amo. Le philosophe noir de Halle (non traduit). Selon Brentjes, comprendre l’itinéraire du philosophe suppose ce rappel imprescriptible : «  C’est sur le sang et la sueur [de] 100 millions d’Africains que les puissances coloniales, à commencer par la France et l’Angleterre, ont construit leur domination économique, le progrès techno-économique du capitalisme sur la base duquel on a fait passer jusqu’alors des crimes comme l’apartheid pour le résultat nécessaire de la supériorité raciale des Blancs.  » Nouvelle offensive, nette dans son inclination politique, contre le capitalisme synonyme de barbarie et d’impérialisme total – « l’impérialisme, stade suprême du capitalisme », selon le slogan fameux de Lénine. Dernier avatar de la mise en exergue symbolique d’Amo : sur le campus de Halle-Wittenberg, un monument-mémorial est érigé en son honneur. Il représente un couple d’Africains et ne va pas sans susciter une certaine gêne : le message, certes, est limpide tant les deux personnages ont l’allure fière des insoumis (ils tiennent debout face à l’exploitation) ; cependant, il peut sembler étrange de rendre hommage à Amo en reprenant les standards de l’imaginaire colonial (l’homme est en pagne et en sandales, son torse est avantageusement musculeux…). Pour le dire autrement : on flirte avec la contradiction performative.

Amo, précurseur de l’anticapitalisme ?

Postérité d’une postérité : au Ghana, Nkrumah amorcera un virage dictatorial avec promulgation d’un régime à parti unique et culte paranoïaque de la personnalité ; son économie planifiée sera entachée de désastres, et, une fois renversé, il mourra réfugié dans la Roumanie de Ceaușescu. Après la chute du Mur, l’université de Halle-Wittenberg n’oubliera pas tout à fait son rejeton : depuis 1994, un prix Amo est décerné à des étudiants méritants. Clap de fin pour l’embrigadement anticapitaliste du philosophe ? Pas tout à fait. Il apparaît dans la série documentaire Capitalisme, du réalisateur Ilan Ziv, diffusée fin 2014 en France. Cette saga en six épisodes démonte la boîte noire du capitalisme aux crashs récurrents en adoptant un regard sur la longue durée. Le deuxième volet s’attache en particulier à déconstruire la base intellectuelle du capitalisme, le libéralisme, à travers une analyse de l’œuvre d’Adam Smith. C’est tout l’envers du décor qui est montré, cru et cruel : les dogmes de la main invisible, de la liberté d’entreprendre se sont imposés dans une déconnexion, un masquage de leur ressort réel, à savoir le pillage des ressources et la mise en servitude généralisés – l’esclavage comme tabou du totem libéral. À ce moment, sur l’écran, des images du Ghana, de Shama. À côté d’un fort décati, des hommes se recueillent sur une tombe, celle d’Amo. La voix off le présente comme un «  contemporain d’Adam Smith, ancien esclave et philosophe  ». Première torsion : on a vu que, très vraisemblablement, il ne fut pas esclave… Le commentaire enchaîne : «  Amo fut le premier à pointer l’aberration d’une science échafaudée sans tenir compte des réalités humaines du capitalisme.  » Ambiguïté, quand tu nous tiens : le propos vise à faire d’Amo un précurseur subversif, un contre-Adam Smith exhibant les impensés du libéralisme. Une telle reconstitution se justifie si l’on extrapole à partir de sa dissertation sur le droit des Noirs, de la dénonciation de l’esclavage qu’on peut lui prêter. Mais il s’agit en quelque sorte d’un passage en force dans la mesure où, apparemment, Amo n’a pas fait œuvre d’économiste, ni critiqué explicitement le capitalisme. La fin de la séquence succombe au démon du storytelling, qui a ses raisons que la raison ignore : «  Au XVIIIe siècle, la pensée critique d’un philosophe africain ne pouvait être entendue. Amo dut fuir l’Europe et mourut ici, à Shama. Alors que La Richesse des nations [de Smith] devenait la Bible de l’économie, les livres d’Anton Wilhelm Amo furent brûlés, et son travail presque oublié.  » L’effet de dramatisation, réussi, se heurte aux faits, flous mais têtus : Amo a peut-être quitté l’Europe suite à une désillusion sentimentale – en tout cas, il n’existe pas de preuve d’un acharnement ou d’une cabale intellectuelle contre lui – et dans les travaux de référence, à notre connaissance, nulle mention n’est faite d’autodafés… Étrange, tout de même, de voir un documentaire plutôt à charge contre le capitalisme brosser le portrait d’Amo sur un mode passablement hollywoodien – à quand le biopic ?
Afficher Les racines “noires” d’une pensée

Un phare contre le racisme

Mais voilà : son existence le condamnait presque à devenir un mythe, aussi discret que continu. Figure possible de la critique de l’Occident, Amo reste également un phare potentiel de l’antiracisme. En Allemagne, certaines associations, Amo Books par exemple, se sont emparées en ce sens de son histoire – et il est salutaire de la remémorer notamment à Halle et en Saxe en général, en proie depuis le début des années 2000 à des actes fréquents de xénophobie, et où l’extrême droite accomplit des percées significatives (aux élections régionales de mars 2016, sur fond de crise des migrants, le mouvement populiste Alternativ für Deutschland a obtenu près de 24 % des suffrages en Saxe-Anhalt). Alors, oui, sur ces terres, il y eut Amo Afer.

En France, il a été mis en avant dans le livre de l’ancien footballeur Lilian Thuram, Mes étoiles noires. Partant de sa scolarité, où les Noirs n’étaient mentionnés dans les manuels qu’en référence à l’esclavage, Thuram s’attache à des personnalités noires aux parcours remarquables. Un peu à la façon de l’abbé Grégoire jadis. La vie d’Amo est relatée dans ce cadre, dans un texte parfois empreint de pointes d’héroïsation : le chapitre laisse entendre, une fois de plus, qu’Amo était esclave ; il est présenté comme un «  surdoué  » ayant atteint des «  sommets académiques  ». Le rendre si exceptionnel, hors norme, n’est-ce pas en diminuer la portée exemplaire ? Qu’il ait été un philosophe «  normal  » de son temps rend son cas, nous semble-t-il, plus fort encore… Quoi qu’il en soit, Thuram répond à la question dont nous étions partis («  Y a-t-il eu dans l’Histoire des philosophes [ou plus largement des intellectuels, des scientifiques, etc.] noirs, africains ?  »), dans une démarche dialectique : la couleur est un message qui doit s’autodétruire. Les «  étoiles noires  » sont scrutées afin de susciter un choc et de répandre cette idée : «  l’âme noire, le peuple noir, la pensée noire n’existent pas plus que l’âme blanche, le peuple blanc ou la pensée blanche.  » Avec raison, Thuram met en garde contre toute reprise identitaire d’Amo. Sa trajectoire est telle qu’elle pourrait être préemptée, mise au service d’une perspective différentialiste. Il serait alors transformé en un symbole de la seule «  fierté noire  » – un discours militant surtout présent aux États-Unis, mais qui trouve en France des relais d’expression –, voire d’un séparatisme ou d’un radicalisme noir, où il s’agit de segmenter la vie et les institutions de la Cité en fonction de la couleur de peau, quand il n’en va pas, dans une logique d’inversion délétère, d’un «  racisme anti-blanc  ».

Le paradoxe Amo, encore et toujours. D’une part, ce fils des Lumières pourra toujours permettre de les démythifier, d’en révéler la face sombre – et il faut continuer à ne pas, à ne plus l’occulter, à revenir sur l’histoire, que nous avons tant de mal à reconnaître ou à imposer, des crimes et discriminations opérés au nom de la «  race  ». Mais d’autre part, son nom pourra toujours être mobilisé pour défendre l’héritage même des Lumières, contre tous ceux qui voudraient le «  communautariser  », le cloisonner dans une identité de couleur. Il a incarné cet esprit, ce souffle universaliste dans sa vie comme dans sa pensée. Et là, si l’on se refuse à éclipser son œuvre de philosophe, revient en mémoire l’inoubliable apostrophe de Jean Genet dans Les Nègres : «  Qu’est-ce donc, un Noir ? Et d’abord, c’est de quelle couleur ?  » 

Merci à Chiara Pastorini, Anne-Sophie Moreau et Céline Kocher.

Pour aller plus loin
Parmi les œuvres d’Amo, sa thèse De l’absence de sensation dans l’esprit humain et son Traité sur l’art de philosopher avec précision et sans fioritures ont été traduits et commentés par Simon Mougnol (L’Harmattan, 2010). Parmi les travaux de référence, citons l’article en anglais de William Abraham, «  The life and times of Anton Wilhelm Amo  » (dans la revue Transactions of the Historical Society of Ghana, 1964) et le livre en allemand de Burchard Brentjes, Anton Wilhelm Amo. Der schwarze Philosoph in Halle (Halle/Leipzig, Koehler & Amelang, 1976). En français, on lira l’article de Christiane Damis, «  Le philosophe connu pour sa peau noire : Anton Wilhelm Amo  » (Rue Descartes, 2002) et le chapitre que lui consacre Lilian Thuram dans Mes étoiles noires (Philippe Rey, 2010, repris en Points/Seuil). Sur Internet, on trouve un blog tenu par Justin Smith, Theamoproject.org. Enfin, à voir, la série documentaire Capitalisme, d’Ilan Ziv (Arte Éditions, 2014).

1. « La race des Nègres est une espèce d’hommes différente de la nôtre, comme la race des épagneuls l’est des lévriers […]. On peut dire que, si leur intelligence n’est pas d’une autre espèce que notre entendement, elle est fort inférieure.  »
Voltaire, Essai sur les mœurs et l’esprit des nations.