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Publié : 24 novembre 2015

Penser la riposte

Intellectuels français et étrangers réfléchissent aux moyens de résister à l’essor du terrorisme planétaire.
Source : Le Monde du 22 novembre 2015

Des idées pour tenter de comprendre les sombres temps dans lesquels nous sommes plongés. Des réflexions pour résister à la terreur et à la sidération. Des analyses, parfois contradictoires, destinées à déjouer la panique et le prêt-à-penser. Car si la réponse de la France aux attaques terroristes du 13 novembre est désormais policière, judiciaire et militaire, la riposte peut être aussi morale et intellectuelle. Face à ce climat mortifère, nous avons besoin de boussole et de repères. L’approche philosophique ne permet certes pas de panser les plaies, mais peut apporter quelques éléments de compréhension. Non pas pour accepter ou justifier l’horreur, mais afin, au contraire, de mieux répliquer à cette gigantesque déflagration.
Pour cela, la France doit faire le deuil de l’illusion d’une Europe affranchie des frontières et de -l’Etat-nation, explique l’universitaire américain Mark Lilla, qui connaît si bien ce Paris bohème -ensanglanté où il séjourna, notamment lors des -attentats contre Charlie Hebdo. Et l’Union européenne doit cesser de laisser se métastaser " le cancer de l’extrémisme islamique " qui se répand dans la porosité de l’espace Schengen, renchérit l’écrivaine néerlando-somalienne Ayaan Hirsi Ali.
Gare cependant à la tentation du repli, prévient le philosophe allemand Jürgen Habermas. Plutôt que de " sacrifier " les vertus démocratiques sur " l’autel de la sécurité ", la France comme les autres pays européens devrait remédier à la " pathologie -sociale " d’une certaine jeunesse en déshérence qui sombre dans le djihadisme.
D’autant que la République n’est pas vide de sens ni de spiritualité, défendent, loin des idées reçues, les philosophes Pascal Engel et Claudine Tiercelin. Car, paradoxalement, explique l’historien Marcel Gauchet, la réactivation du fondamentalisme islamique est le signe d’un processus de " sortie de la religion ", inséparable d’une mondialisation qui achève son expansion. Il faudra pourtant mener une " guerre idéologique " contre le fanatisme islamique, assure le philosophe américain Michael Walzer. Mais aussi un combat éthique contre notre légitime propension à céder " aux logiques de peur et de haine ", indique le philosophe français Frédéric Gros. Autant d’appels à la résistance intellectuelle, autant -d’invitations à philosopher par gros temps.
Nicolas Truong