Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Mais qu’avait donc René Descartes dans le crâne ?
Publié : 12 octobre 2014

Mais qu’avait donc René Descartes dans le crâne ?

Des chercheurs viennent de réaliser un scanner du crâne du philosophe. Ils ont ainsi découvert que le père du célèbre "je pense donc je suis" souffrait d’une tumeur.
PATRICK KOVARIK / AFP

Crâne de Descartes
Le crâne de l’auteur du "Discours de la méthode" et des "Méditations métaphysiques" est conservé depuis 1821 au Muséum national d’histoire naturelle à Paris.

Le philosophe et mathématicien français du XVIIe siècle René Descartes, père du célèbre "cogito ergo sum" ("je pense donc je suis"), souffrait d’une grosseur osseuse d’environ 5,4 cm2 dans un sinus de la face, une tumeur sans doute bénigne qui n’a rien à voir avec sa mort, selon des scientifiques.

Une tumeur bénigne

DIAGNOSTIC. Un scanner de son crâne a été réalisé dernièrement par une équipe conduite par le spécialiste français des énigmes médico-historiques Philippe Charlier, qui ajoute ainsi Descartes au nombre de ses "patients" célèbres, après Richard Cœur de Lion, Agnès Sorel ou Diane de Poitiers. Son diagnostic rétrospectif : un "ostéome géant", qui malgré son nom peu sympathique, désigne une tumeur bénigne. Les résultats de ces investigations viennent d’être publiés dans la revue médicale britannique The Lancet.
Le crâne de l’auteur du Discours de la méthode et des Méditations métaphysiques est conservé depuis 1821 au Muséum national d’histoire naturelle à Paris. "Il est bien identifié, sa traçabilité est connue", a affirmé le Dr Charlier (UFR des Sciences de la Santé, Montigny-le-Bretonneux, France) à l’AFP.
Le scanner du crâne "montre une masse dense radio-opaque de 3 cm sur 1,8 cm dans le sinus ethmoïdal droit", indiquent les scientifiques dans un court article. Ce sinus est creusé dans l’os ethmoïde, en arrière de la racine du nez et entre les faces internes des orbites oculaires. L’équipe a exclu plusieurs diagnostics pour retenir l’ostéome géant, "la plus bénigne des tumeurs des sinus de la face".
SYMPTÔMES. L’ostéome géant ne débouche sur des symptômes que dans 10 % des cas. Il peut alors entraîner obstruction nasale, dysfonctionnement des sinus (congestion, excès de mucus, modification de l’odorat), dysfonctionnement lacrymal, saignement de nez, douleur faciale, maux de tête, voire troubles de la vision dans quelques cas.
Mais rien de tel n’a été décrit par les biographes de René Descartes, à l’exception d’un possible épisode isolé de migraine avec aura, dans la nuit du 10 novembre 1619, caractérisé par des hallucinations visuelles et auditives soudaines. Selon les scientifiques, des tumeurs bénignes ne causent pas habituellement de tels phénomènes.

Décédé d’une pneumonie à 54 ans

Quant à l’origine possible d’un ostéome géant, l’article évoque notamment une malformation ou encore la conséquence d’un traumatisme ou d’une inflammation chronique.
DÉCÈS. Il est en tout cas très peu probable, selon les scientifiques, que cette tumeur ait pu jouer un rôle dans la mort du philosophe. Descartes est décédé à l’âge de 54 ans d’une pneumonie, le 11 février 1650 à Stockholm, en Suède, où il fut enterré.
Mais en 1666, la France récupéra ses restes... sauf le crâne, dérobé par un des gardes suédois, chagriné que la Suède puisse être complètement privée "des restes d’une personne aussi célèbre".
La disparition ne fut cependant constatée qu’en 1818, à l’occasion d’une nouvelle inhumation dans l’église Saint-Germain-des-Prés. C’est le grand chimiste suédois Berzelius qui mit la main sur le crâne manquant, le racheta à un exploitant de casino suédois et le rendit à l’Académie des Sciences en 1821.
"On commence à peine à travailler sur ce crâne", a souligné le Dr Charlier. "Nos investigations devraient permettre des interprétations fonctionnelles et physiologiques sur l’individu qui vivait dans ce crâne", a-t-il ajouté.
PATIENT TEST. Pour le légiste, Descartes est "un patient test". Son cas "est bien documenté, on a des portraits, des descriptions médicales, on connaît les circonstances de sa mort". "C’est le moyen de valider des techniques d’identification médico-légale", a-t-il expliqué.
L’année dernière, le Dr Charlier avait établi que Robespierre, figure controversée de la Révolution française qui mourut sur l’échafaud, était sans doute atteint d’une sarcoïdose diffuse, une maladie qui aurait pu expliquer son épuisement à la fin de sa vie. Il s’est aussi penché ces dernières années sur une tête momifiée, présumée être celle d’Henri IV, ou encore des fausses reliques de Jeanne d’Arc.